Langage et perception catégorielle des couleurs

Valérie Bonnardel

Senior Lecturer - Department of Psychology - University of Sunderland (UK) - Saint Peter's camp

Résumé

Le phénomène  de perception catégorielle peut être décrit comme la perception d’une différence qualitative parmi un ensemble d’objets similaires que l’on ne peut distinguer que par leur appartenance ou non à une même catégorie.  Autrement dit, le continuum physique des longueurs d’onde visibles est divisé en un certain nombre de couleurs (catégories) et cette segmentation résulte de ce que des intervalles physiques identiques sont perçus différemment (plus larges ou plus petits) selon que deux stimuli contigus appartiennent ou non à la même catégorie.  

La question de l’origine de la perception catégorielle des couleurs s’inscrit dans le débat entre hérédité et acquisition dans lequel le langage joue un rôle très différent.

Des mécanismes innés de la perception catégorielle sont à rechercher dans les propriétés neurophysiologiques de notre système chromatique.    La théorie des antagonismes chromatiques de Hering (1878) qui a trouvé une certaine validité neurophysiologique, fait état de l’existence de sensations colorées élémentaires (vert, rouge, jaune, bleu, noir et blanc)  qui pourraient être à l’origine d’un mécanisme de catégorisation plus élaboré d’origine corticale.  Ainsi, les différentes catégories de couleurs sont partagées par l’ensemble des  observateurs jouissant d’une vision trichromatique normale ; les étiquettes verbales utilisées pour les dénommer sont acquises par simple association aux percepts préexistants (hypothèse universaliste).  Selon l’hypothèse relativiste, le langage jouerait au contraire un rôle déterminant, au point que la perception d’une couleur donnée serait dépendante de l’existence d’un terme pour la désigner.

Nous exposerons les données expérimentales classiques illustrant chacune de ces deux  hypothèses, et présenteront des travaux récents mettant l’accent sur le rôle conjugué des contraintes d’origine physiologiques et des exigences de communication dans l’établissement des catégories de couleurs.