Entre formes et couleurs
Jean Le Rohellec
INSEP, Laboratoire Mouvement Action et Performance
Depuis plus d’un demi-siècle, les progrès conjugués des sciences de la vision sont parvenus à caractériser les bases fondamentales des processus impliqués dans la perception visuelle. Les connaissances relatives aux caractéristiques des canaux psychophysiques et à celles des voies neurophysiologiques autorisent maintenant à s’interroger sur l’acte même de Voir.
En effet, il devient admis que l’image rétinienne est de piètre qualité, que les processus attentionnels et la connaissance – même implicite et inconsciente – que l’on a « du Monde », jouent un rôle majeur dans la perception visuelle. De la sorte, souvent, « voir c’est prévoir », « voir c’est savoir ». Sans véritablement en avoir conscience, nous sommes experts pour « les choses » que nous voyons. Cette expertise repose - en partie - sur la prédictibilité des évènements, et, conjointement, sur la catégorisation et l’identification des « objets ». Ces processus sont élaborés à partir des attributs de la scène visuelle (forme, couleur, mouvement, profondeur, texture, brillant, transparence). De cet ensemble, la couleur, la texture, le brillant et la transparence sont – essentiellement – des attributs de surface. Ils sont - généralement - des attributs qualitatifs de la forme et participent primitivement à la structuration identitaire de notre présent.
Nous discuterons du fait que l’élaboration de la forme et de la couleur, de la rétine au cortex, partage – en partie – les mêmes voies nerveuses.